Mais Corcoran était de ces hommes qui ne reviennent jamais sur leurs résolutions. Sa tête avait la solidité du fer, et sa volonté l'inflexibilité du granit. Il refusa donc absolument de rendre la liberté à Louison.
Celle-ci, cependant, ne perdait pas courage. Voyant que personne ne viendrait la délivrer, elle bondit tout à coup d'un élan furieux, enfonça l'une des fenêtres de la salle et, toute sanglante, allait prendre la fuite.
Mais un grave accident la retint. Trop pressée de sauter par la fenêtre pour mesurer son élan, elle était tombée, non pas sur le gazon, mais sur le dos de l'éléphant Scindiah, qui était justement chargé d'empêcher toute escapade. Il ne pouvait rien arriver de plus malheureux à la pauvre Louison.
Outre que Scindiah ne l'aimait pas, elle tomba si malencontreusement, elle si adroite en toutes choses, qu'elle se sentit glisser du dos de l'éléphant jusqu'à terre, et par instinct, de peur de se casser le nez, enfonça ses griffes acérées dans les épaules de Scindiah. Par ce moyen elle se retint en équilibre, et un autre saut l'aurait mise à terre; mais Scindiah la guettait.
Au moment où elle allait s'élancer, l'éléphant la saisit délicatement par le cou avec sa trompe, l'enleva comme une plume, la balança trois fois dans les airs, comme un habile frondeur brandit sa fronde, et la rejeta dans la grande salle du palais.
Corcoran, qui observait cette scène en silence, ne put s'empêcher de rire du tour et de l'adresse de Scindiah. Mais ce rire redoubla la rage de Louison. A peine retombée sur ses pattes, elle reprit son élan, essayant cette fois d'éviter la dangereuse trompe de Scindiah.
Inutile effort! Scindiah l'attrapa au passage, comme une hirondelle attrape les mouches au vol, la posa délicatement à terre sans la lâcher ni lui faire aucun mal, la souleva lentement pour la regarder, comme s'il avait eu son lorgnon, et tout d'un coup, quoiqu'elle se débattit avec une fureur indescriptible, la rejeta de nouveau dans la grande salle du palais.
Le jeu devenait dangereux et commençait à passer la plaisanterie. Corcoran le sentit, et il allait intervenir pour empêcher un combat où Louison, malgré tout son esprit et son courage, n'avait pas le beau rôle, lorsque l'affaire changea subitement de face par l'arrivée d'un nouveau combattant.
Le grand tigre de la veille était arrivé au rendez-vous une demi-heure plus tôt qu'à l'ordinaire. Il entendit tout à coup les rugissements de Louison et les grondements moqueurs de Scindiah. Inquiet, il s'élança d'un bond sur le mur du parc, vit de loin ce qui se passait, et s'avança en rampant vers le gros éléphant, qui, tout occupé de son jeu, ne s'attendait pas à livrer un nouveau combat.