L'autre raconta l'histoire qu'il avait déjà dite à Sita, et ajouta que le glorieux maharajah....
«C'est bon! c'est bon! interrompit Corcoran avec une certaine impatience. Je sais d'avance ce qu'on dit aux rois quand on est devant eux, et ce qu'on en dit quand ils ont le dos tourné.... D'où vient que vous parlez l'allemand avec un léger accent anglais?
—Seigneur, répliqua le photographe, ma mère était Anglaise, et moi-même j'ai passé une partie de ma vie en Angleterre. Mais je suis fort connu des frères Schlagintweit, qui voyagent en ce moment dans l'Himalaya; du docteur Vogel, de Berlin, et du célèbre Humboldt.
—Vous pourriez le prouver?
—Oui, seigneur, et j'avais même une lettre d'introduction de M. de Humboldt auprès de Votre Majesté; mais je l'ai perdue dans un naufrage avec beaucoup de livres et de papiers précieux, et il ne m'est resté qu'une lettre de sir Samuel Barrowlinson, de Londres, qui a bien voulu me recommander à vous.
—Oui, je connais beaucoup sir Samuel, dit Corcoran avec un sourire, et, quoique ses lettres de recommandation ne m'aient pas servi à grand'chose, je ferai volontiers honneur à sa signature.... Voyons cette lettre.»
Il la prit et la lut avec attention. Sir Samuel Barrowlinson recommandait, en effet, son protégé à Corcoran avec beaucoup de chaleur et le désignait comme un des savants les plus illustres de toute l'Europe, ou du moins comme un de ceux qui le deviendraient bientôt.
«Excusez la sévérité de cet interrogatoire, dit Corcoran; j'ai le droit de me défier des Anglais, et au premier abord j'ai cru.... mais la lettre de sir Samuel me rassure, et je veux désormais vous considérer comme un ami. Vous aurez une maison dans Bhagavapour. N'épargnez rien pour vos recherches. Demandez-moi des éléphants, des voitures, des chevaux, des serviteurs, une escorte et tout ce qu'il vous plaira. Mon palais est le vôtre, et je serai heureux de voir à ma table un illustre savant.»
En même temps il le congédia sans attendre les remercîments dont l'autre allait être prodigue.