—Et celle de Gengis Khan et de Tamerlan?

—Deux braves qui ont fait couper plus de têtes qu'un évêque n'en pourrait bénir en trois mille ans, et qui ont acquis une gloire immortelle.

—Parfait. Eh bien, moi, Corcoran, Malouin de naissance, Français de nation, marin de profession, échoué par hasard sur la côte de Malabar et devenu, je ne sais comment, propriétaire de douze millions d'hommes, je veux imiter et surpasser Alexandre, Gengis Khan et Tamerlan; je veux qu'il soit parlé de mon sabre aussi bien que de leur cimeterre; je veux rendre la liberté à cent millions d'Indiens, et s'il m'en coûte la vie, eh bien, je serai heureux de mourir glorieusement, tandis que tant de créatures humaines meurent de faim, de soif, de fièvre, de misère, de choléra, de goutte ou d'indigestion.

«Et pour commencer, que dois-je faire de M. George-William Doubleface, esq., qui m'espionne pour le compte du gouvernement anglais, et qui veut me faire assassiner par son digne ami Baber?

—Avant tout, il faut les confronter l'un avec l'autre, et si la confrontation amène la conviction, eh bien, cher ami, la potence n'est pas faite pour les chiens.

—Tu as raison.»

Corcoran frappa sur un gong.

«Ali, dis à Sougriva d'amener les prisonniers.»

Ali obéit. Doubleface et Baber entrèrent l'un après l'autre dans la salle, les mains liées derrière le dos et suivis de douze soldats. Doubleface gardait sa contenance impassible; Baber, plus humble en apparence, paraissait néanmoins avoir fait d'avance le sacrifice de sa vie.

«Monsieur Doubleface, dit le maharajah, vous connaissez le sort qui vous attend?