«Qui t'empêche de courir?» répliqua-t-il.
Au même instant, Doubleface s'élança le sabre nu, l'accula, par deux ou trois feintes bien ménagées, dans un coin de l'enceinte et lui assena un tel coup de sabre, que tous les spectateurs crurent que la dernière heure de l'Indou avait sonné.
Mais le jongleur était déjà hors d'atteinte; avec la prestesse et l'agilité d'un singe, il avait grimpé le long d'un des poteaux de l'enceinte et, assis à son sommet, regardait tranquillement son adversaire.
Tous les spectateurs applaudirent à ce brillant tour de force. Doubleface, irrité et pressé de décider l'affaire, essaya d'imiter et de poursuivre Baber.
Il prit donc son sabre avec les dents et commença à grimper lui-même le long du poteau.
Mais cette idée lui fut fatale.
Baber, qui l'observait, lança, tout à coup le noeud coulant sur le malheureux Doubleface, puis tirant brusquement la corde à lui, il lui causa une si vive douleur, que l'Anglais lâcha prise et resta suspendu en l'air et étranglé.
Ce fut la fin du combat. Tout le peuple de Bhagavapour battit des mains à ce trait d'adresse et de sang-froid, et Baber, triomphant, traîna son ennemi autour de l'enceinte, comme Achille avait traîné Hector autour des remparts de Troie.
«C'est bien, dit Corcoran. Tu vas avoir ta grâce, ami Baber. Et maintenant, Sougriva, fais enterrer ce pauvre Doubleface. De son vivant, c'était un misérable traître, un espion, le rebut de l'espèce humaine. Il est mort, paix à ses cendres!»
Puis il rentra dans son palais, suivi des acclamations du peuple de Bhagavapour, qui admirait sa justice et sa clémence.