—Qui doute de moi a mérité de périr, dit Corcoran. Mais je te fais grâce, Hayder. Tu vas quitter l'armée. Je ne veux avec moi que des hommes qui sachent bien que Brahma m'a donné sa force et sa puissance.»
Hayder sortit tout tremblant et reprit dès le soir même la route de Bhagavapour.
Après cet exemple qu'il jugea nécessaire, Corcoran se fit rendre compte de la situation de l'armée et des approvisionnements; il se montra aux soldats pour les encourager. A la nouvelle qu'il était au camp, toute l'armée poussa de longs cris de joie et alluma des torches pour éclairer sa marche.
«Longue vie au maharajah! Longue vie au successeur d'Holkar, au dernier des Raghouides!
—C'est bien, dit Corcoran. Que tous les feux s'éteignent. Que tout le monde rentre sous les tentes!»
Il fut obéi sur-le-champ. Son apparition qui tenait du miracle, car aucune sentinelle ne l'avait vu pénétrer dans le camp, fortifia l'opinion déjà répandue qu'il était la dixième incarnation de Vichnou sur la terre.
Dès que le silence et l'obscurité eurent succédé de nouveau au tumulte et à l'éclat des torches, le maharajah alla rejoindre ses compagnons, et, grâce à l'échelle de cordes, remonta aisément dans le palmier d'abord, puis dans la Frégate.
«Je viens de faire une belle peur à un pauvre diable, dit le maharajah, et il raconta la scène qui s'était passée dans la tente.
—Quel singulier plaisir peux-tu trouver à gouverner des traîtres et des poltrons? demanda Quaterquem. Quelque jour ces gens-là te tireront des coups de fusil par derrière.
—Ah! mon cher ami, dit Corcoran, c'est un dur métier que de gouverner les hommes; mais je ne connais personne qui s'en soit dégoûté.