«Seigneur, dit l'Indien, j'ai tout vu. Avant-hier au soir, je sortis de Bhagavapour afin de rendre visite au 2le régiment de cipayes, où j'ai des amis et des intelligences. Comme j'étais sous l'habit d'un mendiant, aucun des habits rouges ne s'occupa de moi. On me laissa tranquillement errer dans le camp, et réciter mes prières à Wichnou. C'est alors que je pus parler à plusieurs cipayes, dont l'un est sergent et affilié à notre conspiration. Ah! seigneur, c'est un plaisir de voir comme ils haïssent et méprisent ces maudits Anglais!... Tout en eux est horrible! Leurs blasphèmes, leur voracité, leur habitude de manger des mets consacrés, leur impiété, les sermons de leurs prêtres, la brutalité des chefs, la sévérité de la discipline.... Croiriez-vous, seigneur, qu'ils font fouetter des brahmines, des hommes de haute caste, comme de jeunes enfants?...
«Enfin, en quelques heures, je fus au courant de tout, je donnai le mot d'ordre à tout le monde, et j'allais partir, lorsque je vis arriver au camp la princesse Sita, votre fille, enlevée par ce traître Rao.»
A ce souvenir, Holkar poussa un profond soupir.
«Oh! dit-il, quand je pense que j'ai tenu ce misérable à mes genoux, que je pouvais le faire empaler, et que je ne l'ai pas fait! Partons!» ajouta-t-il.
En même temps il se mit en selle et s'élança au grand trot, suivi de deux régiments de cavalerie.
Comme la distance qui séparait Bhagavapour de la pagode où Corcoran soutenait un siège était à peine de trois lieues de France, Holkar arriva un peu après le point du jour sur le champ de bataille.
XIII
La toilette du capitaine.
Dès cinq heures du matin la fraîcheur de la nuit avait éveillé tout le monde, et Corcoran le premier.
Il se leva, chargea ses armes avec soin, alla droit à la fenêtre où Louison était toujours étendue, indécise entre la veille et le sommeil, étendit les bras en bâillant et regarda l'horizon.