Il obtint aisément cette faveur, grâce à la protection de sir Richard Barrowlinson, baronnet, dont nous avons déjà parlé, et l'un des directeurs de la compagnie.
Mais quoique John Robarts fut très-brave, il n'avait pas encore trouvé l'occasion de montrer son courage, et il en était réduit à désirer que tout l'Indoustan prît feu, afin que lui, Robarts, eût le plaisir d'éteindre l'incendie et d'égaler la gloire d'Arthur Wellesley, duc de Wellington. De là vient qu'il battait la campagne soir et matin avec tant d'ardeur, espérant toujours rencontrer le trésor nécessaire pour acheter le délicieux cottage qu'on voit près de Cantorbéry,—Robarts House,—et, avec le cottage, la jeune propriétaire.
De là vient qu'il courut avec tant d'ardeur sur les traces de Corcoran et de Sita.
Aussi fut-il sur pied en même temps que Corcoran.
«Allons, debout; paresseux! Inglis! Witworth! levez-vous! Le soleil va paraître. Barclay nous attend, et nous ne pouvons pas retourner au camp les mains vides.»
Son ardeur finit par éveiller tout le monde.
Chacun fit ses ablutions selon la mode ordinaire. On tira des porte-manteaux toutes sortes de peignes, de brosses, de savons et d'objets de parfumerie, et l'on fit sa toilette au grand jour, sous les yeux de Corcoran.
Ce spectacle, qui aurait dû réjouir les yeux du Breton, le rendait de fort mauvaise humeur.
«Sont-ils heureux, ces goddem, pensait-il, de pouvoir faire leur toilette comme à l'ordinaire, et de se tenir prêts à paraître devant les dames... Pour moi, je suis fagoté comme un chien crotté, sur ma parole. Mes habits sont couverts de poussière, mes cheveux sont entortillés l'un dans l'autre comme les phrases d'un roman de Balzac, et je dois avoir une mine hâve, pâle et fatiguée comme si j'avais peur ou comme si je m'ennuyais! Sita va s'éveiller tout à l'heure au bruit des coups de fusil, et, si par malheur je suis tué, il ne lui restera de moi que le souvenir d'un grand malpeigné.... Mais comment faire? comment éviter ce malheur?»
Il la regarda quelque temps d'un air attendri.