Au même instant Holkar donna ordre de tourner bride, de revenir sur la grande route, de se former en bataille et d'attendre là les événements.

XV

Comment Louison s'étendit à la manière des chats sur le dos du puissant Scindiah, aux pieds de la belle Sita.

Sougriva ne tarda guère à paraître, chaudement poursuivi par l'avant-garde du colonel Barclay.

Celui-ci, qui déjà levait son camp pour marcher sur Bhagavapour, avait appris avec un étonnement mêlé d'indignation le danger qui menaçait Robarts, et avait pris les devants avec sa cavalerie pour venir au secours de son lieutenant.

Sougriva, en essayant de résister à la charge impétueuse des Anglais, avait perdu la moitié de sa troupe, et regagnait Holkar à grand'peine, car les Anglais ne lui laissaient aucun repos.

Cependant, à la vue des deux régiments d'Holkar disposés en ordre de bataille et paraissant les attendre de pied ferme, l'élan de la cavalerie anglaise se ralentit.

A l'ordonnance et à la fermeté des cavaliers d'Holkar, le colonel Barclay reconnut sans peine que le commandement devait être entre les mains d'un officier plus exercé ou plus habile que le dernier des Raghouides. Aussi fit-il ses dispositions pour déborder l'aile droite des Indous, tourner leur centre et les prendre entre deux feux. Si son projet réussissait, Holkar, coupé de Bhagavapour, sa capitale et sa forteresse principale, serait mis en déroute, et ce seul coup pouvait terminer la guerre; chose d'autant plus importante pour le colonel Barclay, qu'on n'aurait pas le temps de lui enlever le fruit de sa victoire, et de donner à un autre la gloire d'une expédition si prompte et si bien menée. De son côté, Corcoran réfléchissait profondément. Il voyait sans peine que, excepté lui et peut-être Sougriva, personne n'était en état de commander les troupes d'Holkar. Le vieux prince n'avait jamais été un grand guerrier, bien qu'il fût brave. Il manquait de ce sang froid que donne la nature ou l'habitude des batailles. De plus, il était troublé par l'idée du danger où sa fille allait retomber par son imprudence, à lui Holkar; enfin il avait la plus grande confiance dans son ami Corcoran.

«Seigneur Holkar, dit le Breton, nous avons fait une faute très-grave: vous en assiégeant cette maudite pagode et ce coquin de Robarts (que le ciel confonde), et moi en vous laissant faire.

—Ne vous excusez pas, répondit Holkar; c'est moi qui suis un vieux fou de risquer la liberté de ma fille et mon trône pour le plaisir de brûler quarante ou cinquante Anglais.