«Seigneur capitaine, Bérar, l'ami qui vous portera cette lettre, est sûr; il déteste les Anglais autant que vous-même.... Demain matin à cinq heures, on donnera l'assaut. J'ai entendu la conversation du colonel Barclay et du lieutenant Robarts. Aucun des deux ne me croyait si près de lui.... Il est arrivé de grandes nouvelles du Bengale. La garnison cipaye de Meerut a pris les armes et tiré sur ses officiers européens. De là, elle est allée à Delhi, où elle a proclamé le dernier Grand Mogol. On a massacré cinq ou six cents Anglais.... Ce sont ces nouvelles qui ont décidé Barclay à tout risquer pour le succès de l'assaut. Le gouverneur de Bombay lui mande de finir à tout prix avec Holkar et de revenir. Si l'assaut de demain ne réussit pas, la retraite est décidée. De mon côté, je ne suis pas resté inactif. J'ai pris les dépêches sur la table du colonel Barclay, et je les ai fait lire à cinq ou six de mes amis cipayes, qui ont répandu la nouvelle dans tout le camp. Vous jugerez de l'effet. Je regrette de ne pas être avec vous sur la brèche; mais je vous serai plus utile au camp. Ayez bonne espérance et attendez-vous à tout.
«Sougriva.»
Corcoran étonné regarda le messager.
«Et comment as-tu franchi les lignes anglaises?» demanda-t-il avec quelque défiance.
L'Indien lui répondit:
«Qu'importe, puisque me voilà?
—Quelle raison as-tu d'abandonner les Anglais? Est-ce qu'ils te payent mal?
—Très-bien, au contraire.
—Es-tu mal nourri?
—Je me nourris moi-même, et j'achète ma provision de riz, pour qu'aucune main impure n'y puisse toucher.