—Es-tu maltraité? As-tu reçu quelque injure?»
Le cipaye se découvrit les reins et montra d'affreuses cicatrices.
«Ah! je comprends, dit Corcoran; c'est l'égratignure du chat aux neuf queues. Tu as reçu le fouet?
—Cinquante coups, répondit le cipaye. Je me suis évanoui au vingt-cinquième, on a continué de frapper, on m'a mis pour trois mois à l'hôpital et j'en suis sorti il y a cinq semaines.
—Qui est-ce qui t'a fait donner le fouet? demanda encore le capitaine.
—C'est le lieutenant Robarts.... Mais celui-là, je m'en charge. Sougriva et moi, nous ne le quittons pas d'une minute.
—Voilà un major bien gardé! pensa Corcoran.
«Et, ajouta-t-il tout haut, que fait Sougriva dans le camp anglais? Il est donc libre?
—Sougriva, dit le cipaye, a glissé entre leurs doigts. Quand on l'eut fait prisonnier, Robarts, qui l'avait reconnu, voulut le faire pendre; mais pendant qu'on assemblait le conseil de guerre, il a parlé au factionnaire cipaye qui le gardait à vue. L'autre l'a laissé échapper et a déserté avec lui. Vous jugez de la colère du lieutenant. Il voulait fusiller tout le monde; mais le colonel Barclay l'a apaisé. Sougriva est revenu le soir même, déguisé en fakir, et s'est fait reconnaître des cipayes; mais aucun ne veut le livrer, et si les Anglais voulaient le pendre, on se révolterait.
—Allons, tout va bien,» dit Corcoran, et, après être rentré au palais et avoir donné ces bonnes nouvelles à Holkar, il retourna sur le rempart.