Son espérance ne fut pas trompée. Les Anglais, se voyant si peu nombreux et enfermés dans la ville, eurent peur d'être faits prisonniers; ils revinrent sur leurs pas, et forçant le passage à travers les rangs des Indous, qui ne leur opposèrent aucune résistance, ils reprirent leur poste dans la tranchée.
Mais au même moment, un événement inattendu décida la victoire en faveur de Corcoran.
On vit tout à coup s'élever une épaisse fumée au-dessus du camp, derrière les Anglais. Puis on entendit une fusillade terrible. Les cipayes, conduits par Sougriva, avaient mis le feu aux tentes, chargé le colonel Barclay par derrière, tiré sur leurs propres officiers, encloué les canons des batteries, mis le feu aux caissons et jeté tout le camp dans un terrible désordre.
A cette vue, Corcoran jugea le moment favorable. Il se mit à la tête de trois régiments d'Holkar et fit une sortie. A cheval, sans uniforme, habillé de blanc, suivant son habitude, il s'avançait le sabre en main pour charger l'ennemi.
Le colonel Barclay était un vieux soldat qu'on pouvait surprendre, mais non pas ébranler. Sans s'étonner de la trahison des cipayes, il rassembla autour de lui les deux régiments européens, et commença sa retraite en bon ordre. Il commandait lui-même la cavalerie et couvrait l'arrière-garde. Sa haute et fière contenance inspirait aux Indous le respect et la crainte.
Corcoran eut peur de quelque retour de fortune et ne voulut pas pousser plus loin sa victoire. Il se contenta de le harceler pendant une demi-heure, et revint à Bhagavapour, en faisant observer ses mouvements par la cavalerie.
Holkar mourant l'attendait. Près du vieillard était assise la belle Sita, qui soutenait sur ses genoux la tête défaillante de son père.
«N'y a-t-il plus d'espoir, chère Sita?» demanda à demi-voix le capitaine.
Holkar devina plutôt qu'il n'entendit la question.