Mais Corcoran n'eut pas le temps de jouir de son triomphe. Un grand tumulte de cris et de gémissements lui fit craindre quelque catastrophe. Il se hâta de retourner vers la brèche, et, sur son chemin, il rencontra deux ou trois cents fuyards.
«Halte! cria Corcoran d'une voix terrible. Où courez-vous?
—Seigneur capitaine, dit un des fuyards, Holkar est blessé à mort. Les Anglais ont passé par-dessus la brèche! Sauve qui peut!
—Sauve qui peut! s'écria Corcoran. Misérable, tourne ton visage à l'ennemi ou je te brûle la cervelle, à toi et à tous ces lâches coquins!»
A cette menace, le malheureux Indou retourna sur la brèche, ne se sentant pas le courage d'affronter la colère du Breton. Les autres suivirent son exemple, et, plus par excès de peur que par aucun autre sentiment, firent face à l'ennemi.
Au reste, la nouvelle n'était que trop vraie. Une colonne ennemie mêlée d'Anglais et de cipayes, avait recommencé l'assaut, et bien que le prince Holkar eût vaillamment combattu, le sort de la journée paraissait décidé. Déjà les vainqueurs entraient dans les maisons du faubourg et commençaient à piller.
Holkar, blessé quinze jours auparavant, avait reçu une balle dans la poitrine et se sentait près de mourir. Entouré d'un petit groupe de soldats fidèles, il était couché sur un tapis qu'on avait apporté en toute hâte. Un chirurgien indou étanchait le sang de sa blessure.
«Ah! mon ami, s'écria-t-il en apercevant Corcoran, Bhagavapour est pris. Sauvez ma chère Sita!
—Rien n'est perdu! dit Corcoran, et vous vivrez, et qui mieux est, vous vaincrez! Du courage, Holkar, et la journée est à nous!»
A ces mots, ralliant autour de lui les Indous, il referma la brèche, intercepta les communications entre le camp anglais et la colonne ennemie qui était entrée dans Bhagavapour, et lançant ses meilleures troupes à la poursuite de celle-ci, il garda la brèche lui-même en attendant les événements.