—Diable! dit Corcoran, vous avez de la mémoire. Et qu'a dit le gentleman, comme tu l'appelles?
—Rien. Il roulait des yeux féroces. On aurait dit qu'il voulait nous dévorer tous; mais il n'a pas ouvert la bouche.
—Et, après cela, qu'en avez-vous fait?
—Quand Bérar l'eut fouetté, c'était mon tour de le pendre. Je lui passai, avec l'aide de mes amis, la corde autour du cou, et je l'ai pendu en coupant la corde trois ou quatre fois, afin qu'il se sentît mourir. Enfin il est mort, et je suis retourné à Bhagavapour.
—Ma foi, dit Corcoran qui était un philosophe, il a été écrit que «celui qui se sert de l'épée périra par l'épée.» Je plains ce pauvre Robarts, mais c'était un mauvais caractère, et il n'a pas tenu à lui que je n'eusse une balle dans la cervelle. Qu'on l'enterre convenablement, et n'en parlons plus.»
XVIII
Comment le dividende de la Compagnie des Indes
se trouva réduit à rien par l'industrie de Corcoran,
ce qui fit gémir plusieurs gros actionnaires.
Cependant le colonel Barclay, quoique vivement pressé par les Mahrattes victorieux, ne voulait pas que sa retraite se changeât en déroute. Il reculait lentement, faisant toujours face à l'ennemi, et trouva enfin un asile dans une forteresse qui appartenait à son ami Rao et qui dominait en partie le cours de la Nerbuddah. Sa petite armée était maintenant réduite à trois régiments européens, car les cipayes avaient pris la fuite ou s'étaient déclarés pour le capitaine Corcoran. La Nerbuddah, faisant un coude comme la Seine entre le pont de la Concorde et Saint-Denis, entourait de deux côtés la forteresse qui était située sur une éminence et défendue par une nombreuse artillerie.
Au moment où le capitaine Corcoran venait de reconnaître les abords de la forteresse et allait faire ouvrir la tranchée, un officier anglais se présenta en parlementaire.
Sougriva, toujours avide de vengeance, demandait qu'on fit feu sur lui et qu'on n'accordât aucun quartier à l'ennemi; mais Corcoran se fit amener l'Anglais.