Tout était prêt. Il avait fait périr le seul témoin de ses actions dont il dut craindre le témoignage ou les griffes, et le jour du crime approchait. Corcoran, occupé d'autres soins et le croyant parti pour Bombay, se félicitait d'une fuite qui le dispensait de punir un conspirateur. Mais un sentiment amer se mêlait à cette satisfaction. Il s'étonnait de ne pas revoir Louison, autrefois si exacte à lui faire sa cour, surtout à l'heure du dîner. Il craignait qu'elle n'eût pas pu résister à l'attrait de la vie sauvage et de la liberté. Il l'accusait d'ingratitude. Hélas! Pauvre Louison! Il ne connaissait pas l'infâme trahison dont elle avait été victime. Bien moins encore savait-il où trouver son lâche assassin.

Enfin arriva le jour fixé pour la réunion des représentants du peuple Mahratte. Une foule innombrable remplissait les rues et les places de Bhagavapour. Six cent mille Indous, venus de trente lieues à la ronde bénissaient le nom de Corcoran Sahib et de la belle Sita, la dernière descendante des Raghouides.

Tous deux, montés sur l'éléphant Scindiah, vêtus d'habits d'or et d'argent, ornés de diamants et de pierreries d'une valeur inestimable, s'avançaient majestueusement dans la foule prosternée qui admirait la jeunesse, la force et le génie de Corcoran et l'incomparable et douce beauté de Sita, quand ils eurent, suivis de tous les députés du peuple, rendu hommage dans la grande pagode de Bhagavapour au resplendissant Indra, l'Être des êtres, père des dieux et des hommes, ils revinrent en grande pompe vers le palais où Corcoran s'assit sur son trône, ayant à ses côtés la fille d'Holkar et en face de lui l'assemblée.

Lakmana, caché derrière les persiennes de sa maison vit passer le cortége et frémit de rage. La mèche qui devait mettre le feu aux poudres et faire sauter le roi et le parlement tout entier était déjà prête. Il ne restait plus qu'à l'allumer, et elle devait brûler pendant sept cents secondes, car Lakmana ne voulait pas s'ensevelir dans son crime. A côté de lui était son complice, un malheureux esclave qui n'avait pas osé refuser son concours à ce crime horrible, de peur d'être poignardé lui-même par le traître Lakmana.

Le brahmine attendit encore un quart d'heure afin que l'assemblée tout entière eût le temps de prendre place dans le palais. Puis, lentement, sans remords, il alluma la mèche.

XXIII

Conclusion de cette admirable histoire.

Pendant que l'assassin mettait la dernière main à ses préparatifs, Corcoran se leva d'un air majestueux et dit: