«Représentants de la glorieuse nation Mahratte.

«Si je vous ai convoqués aujourd'hui, contre l'usage des rois mes prédécesseurs, c'est pour remettre en vos mains le pouvoir dont Holkar mourant m'a investi par droit d'adoption.

«Je n'ai pas désiré le trône. Je ne veux m'y asseoir que de votre consentement. Je ne veux pas régner par le droit de la force, mais par votre libre élection.»

(Tout le peuple cria: «Vive à jamais Corcoran-Sahib! Qu'il règne sur nous et sur nos enfants!») Il reprit:

«Tous les hommes naissent égaux et libres; mais comme leur force à tous n'est pas égale, il faut intervenir quelquefois entre eux pour protéger les faibles et faire respecter la loi. C'est le devoir que vous me chargez de remplir. Vous, faites les lois suivant la justice, et respectez la liberté.

«Mes prédécesseurs levaient par force deux cent mille soldats. Je ne les imiterai pas. Je ne veux garder sous les drapeaux que dix mille hommes,—tous soldats volontaires. Cela suffit pour maintenir l'ordre. Mais je veux donner des armes à toute la nation afin qu'elle puisse défendre sa liberté contre les Anglais s'ils reviennent, ou contre moi si j'abuse de mon autorité.

«L'impôt était de cent millions de roupies. Vous verrez vous-mêmes l'an prochain à quelle somme il faut le réduire. Pour moi, avec le trésor particulier d'Holkar, je veux payer moi-même cette année tous les services publics. Ce sera mon présent de joyeux avénement au peuple Mahratte. J'ai tout calculé. Trente millions de roupies suffisent et au delà à tous les besoins de l'État.»

A ces mots tout le monde se récria d'admiration. Les députés pleuraient de tendresse. En aucun temps, chez aucun peuple on n'avait vu le roi payer ainsi pour la nation.

Sougriva osa blâmer Corcoran de sa générosité.

«Je sais bien ce que je fais, dit le Breton. Crois-tu que je me soucie beaucoup des millions d'Holkar, si durement extorqués à son peuple? Sita, qui est meilleure que moi, ne regrette pas l'usage que j'en fais. D'ailleurs, je suppose, pour beaucoup de raisons, que je n'ai pas longtemps à régner, et je suis bien aise de rendre le métier si difficile que personne n'ose ou ne puisse prendre ma place après moi.»