«Si quelque révolte venait à éclater et à gagner les pays des Mahrattes, l'Inde entière serait en feu dans l'espace de trois semaines. C'est ce qu'il faut éviter à tout prix.
«Vous aurez donc soin, aussitôt la présente reçue, d'obliger, sous un prétexte quelconque, Holkar à désarmer ses forteresses et à remettre dans nos mains ses canons, ses fusils, ses munitions et son trésor. Par là, il sera hors d'état de nuire, et son trésor nous servira d'otage dans le cas où, malgré nos précautions, il voudrait faire quelque tentative désespérée. Justement, les coffres de la Compagnie sont vides, et ce renfort d'argent viendrait fort à propos.
«S'il refuse, c'est parce qu'il a de mauvais desseins, et dans ce cas, il ne doit mériter aucun pardon. Vous irez prendre aussitôt le commandement des 13e, 15e et 31e régiments d'infanterie européenne, que sir William Maxwell, gouverneur de Bombay, mettra sous vos ordres avec quatre ou cinq régiments de cavalerie indigène et d'infanterie cipaye. Vous ferez le siége de Bhagavapour, et, quelques conditions que vous demande Holkar, vous ne le recevrez qu'à discrétion. Le meilleur serait qu'il pérît dans l'assaut, comme Tippoo Saheb, car la Compagnie des Indes n'a que trop de ces vassaux indociles, et nous serions délivrés de l'ennui de faire une pension à des gens qui nous détesteront jusqu'à la fin des siècles.
«Au reste je m'en rapporte à votre prudence; mais hâtez-vous, car on commence à craindre une explosion, et il faut ôter d'avance aux insurgés (s'il doit y avoir insurrection) leurs chefs et leurs armes.
«BRADDOCK, gouverneur général.»
Le colonel Barclay, résident anglais,
au prince Holkar.
Bhagavapour, 18 janvier 1857.
«Le soussigné se fait un devoir de prévenir Son Altesse le prince Holkar qu'il est venu à sa connaissance que ledit prince a fait donner cinquante coups de bâton à son premier ministre Rao, sans qu'aucune action, connue du soussigné, ait pu valoir un traitement aussi cruel;
«Le soussigné doit aussi prévenir Son Altesse que, à plusieurs reprises, des charrettes pesamment chargées sont entrées pendant la nuit dans la forteresse de Bhagavapour, et que, à divers indices sur lesquels il ne croit pas nécessaire de s'expliquer, il a cru reconnaître des amas d'armes, de vivres et de munitions, ce qui est contraire aux traités et ne peut qu'exciter les justes soupçons de la très-haute et très-puissante Compagnie des Indes;