—Seigneur, répliqua Corcoran d'un ton doux, vous n'êtes pas trahi; et s'il est une chose dont je remercie Dieu, après la bonté qu'il a eue de me faire Breton et de m'appeler Corcoran, c'est surtout de ne m'avoir pas fait Anglais.»
Holkar, sans lui répondre, prit un petit marteau d'argent et frappa sur un gong.
Personne ne parut.
«Seigneur Holkar, dit Corcoran en souriant, personne n'est à portée de vous entendre. A la vue de Louison, tout le monde a pris la fuite. Mais rassurez-vous. Louison est une fille bien élevée et qui sait se conduire.... Et maintenant, seigneur, quelle trahison craignez-vous?
—Si vous n'êtes pas Anglais, répliqua Holkar, qui êtes-vous et d'où venez-vous?
—Seigneur, dit Corcoran, il y a dans ce vaste univers deux espèces d'hommes, ou, si vous le voulez, deux races principales,—sans compter la vôtre,—c'est le Français et l'Anglais, qui sont l'un à l'autre ce que le dogue est au loup, ce que le tigre est au buffle, ce que la panthère est au serpent à sonnettes. Ce sont deux races affamées, l'une de louanges, l'autre d'argent,—mais toutes deux également batailleuses et prêtes à se mêler des affaires d'autrui sans y être invitées. J'appartiens à la première de ces deux races. Je suis le capitaine Corcoran....
—Quoi! dit Holkar, vous êtes ce célèbre capitaine qui commandait le brick du Fils de la Tempête?....
—Célèbre ou non, dit le Breton, je suis ce capitaine Corcoran.
—Et c'est vous, demanda encore Holkar, qui avez, surpris près de Singapore par deux cents pirates malais et n'ayant avec vous que sept hommes d'équipage, jeté ces brigands à la mer?
—C'est moi, dit Corcoran. Où donc avez-vous lu cette histoire?