A ce coup de sifflet, Louison parut.
«Ma chérie, dit Corcoran, va me cueillir ce coquin sur son cheval; ne lui fais aucun mal. Prends-le délicatement entre la mâchoire supérieure et l'inférieure, sans le casser ni le déchirer, et apporte-le-moi ici.... Tu m'entends bien, chérie?...»
Et du geste, il désignait le malheureux Rao.
Aussitôt celui-ci voulut tourner bride; malheureusement son cheval se cabra et se mit à ruer. Les chevaux de l'état-major ne montrèrent pas plus de calme. Les officiers généraux tournèrent le dos promptement et se mirent à galoper en désordre au travers des rangs de l'infanterie, de peur d'être confondus par Louison avec le traître Rao.
Celui-ci aurait bien voulu suivre cet exemple, mais le destin ne le permit pas. Déjà Louison avait bondi sur la croupe de son cheval. Elle saisit le malheureux par la ceinture et sauta à terre en le désarçonnant. Puis, comme un chat qui tient dans sa gueule une souris, et qui ne veut pas la tuer tout de suite, elle le déposa à demi évanoui aux pieds du capitaine.
«C'est bien, mon enfant, dit affectueusement Corcoran.... Je te donnerai du sucre à souper.... Ali, désarme-moi ce vieux coquin et garde-le prisonnier, pendant que je vais parler à ces imbéciles.»
Puis, s'avançant, cravache en main, à cinq pas du premier rang des cipayes, dont les fusils étaient chargés et prêts à faire feu:
«Est-il quelqu'un de vous, dit-il, qui veuille être pendu, ou empalé, ou décapité, ou écorché vif, ou livré à Louison... Personne ne répond?»
En effet, la frayeur était générale. La seule vue du capitaine, qui semblait tomber du ciel, étonnait les superstitieux Indous. Les griffes et les dents de Louison les effrayaient encore davantage. Et enfin pourquoi et pour qui se révolter, Rao étant aux mains d'Holkar?
Aussi tout le monde s'empressa de crier «Vive le prince Holkar!»