«C'est bien! dit Corcoran. Je vois que vous êtes restés fidèles à votre prince légitime.... Maintenant désarmez-moi les trois colonels, les trois lieutenants colonels et les trois majors....

—C'est bien.... attachez-leur les pieds et les mains et couchez-les sur ce pavé.... C'est parfait.... Et vous, mes enfants, retournez tranquillement dans vos casernes, et si j'entends dire qu'un seul de vous a murmuré, je le donnerai pour déjeuner à Louison.... Bonne nuit, mes enfants; et nous, seigneur Holkar, allons souper.»

V

La table était dressée dans une cour intérieure, près d'un jet d'eau qui rafraîchissait l'air sous la voûte étoilée du ciel. Holkar, sa fille aux yeux de lotus et le capitaine Corcoran étaient seuls assis à la mode européenne. Une vingtaine de serviteurs servaient et desservaient autour d'eux. Les convives mangeaient en silence avec la gravité des souverains d'Asie.

A côté d'eux, Louison, couchée entre son maître et la belle Sita, recevait d'eux sa nourriture et promenait de l'un à l'autre ses regards caressants.

Sita, reconnaissante du service rendu et fière de l'obéissance de la tigresse, la traitait comme un lévrier favori, lui prodiguant le sucre et les flatteries; et Louison, trop intelligente pour ne pas comprendre les bonnes intentions de Sita, lui témoignait sa reconnaissance en remuant doucement la queue et en allongeant voluptueusement le cou lorsque la jeune fille posait sa main sur la tête de sa nouvelle amie.

Enfin Holkar fit un signe; les esclaves se retirèrent et le laissèrent seul avec sa fille et Corcoran.

«Capitaine, dit Holkar en tendant la main à celui-ci, vous venez de sauver ma vie et mon trône. Comment pourrai-je vous en témoigner ma reconnaissance?»

Corcoran leva la tête d'un air étonné: