«A cet effet, le soussigné, sir William Barrowlinson, président de la Geographical, colonial, statistical, geological, orographical, hydrographical and photographical Society, se fait un devoir de prier Son Altesse Sérénissime de mettre à la disposition dudit capitaine tous les moyens matériels, tels que chevaux, éléphants, palanquins, ouvriers, cavaliers, sowars, cipayes, et généralement tous les instruments dont il croira avoir besoin pour son expédition;—s'engageant, ledit sir William Barrowlinson, tant en son nom qu'au nom de l'Académie des sciences de Lyon, à couvrir les frais et rembourser les sommes dont Son Altesse pourra, grâce à sa complaisance, créditer le jeune et savant voyageur.

«Le soussigné croit devoir, en outre, prévenir Son Altesse que la mission du capitaine Corcoran (il en répond sur son honneur) est et demeurera étrangère à la politique.

«Enfin le soussigné a la confiance que le gentleman qu'il demande respectueusement la permission de présenter à Son Altesse, fera de toute manière honneur à la noble nation dont il est citoyen, à la nation glorieuse qui le protège, à la science qu'il sert, à l'illustre et savante assemblée qui l'envoie, au soussigné qui le recommande.

«C'est dans ces sentiments que le soussigné se rappelle respectueusement et affectueusement au souvenir de Son Altesse, espérant que le temps n'a pas affaibli l'amitié dont le prince Holkar a bien voulu autrefois favoriser le soussigné, et dont le soussigné a gardé et gardera éternellement au fond du coeur le plus reconnaissant souvenir.

«Sir WILLIAM BARROWLINSON, baronnet, M.P.»

Dès que le prince Holkar eut terminé sa lecture, il tendit la main à Corcoran et lui dit:

«Mon cher ami, entre nous il n'est plus besoin de ces lettres, et celle de sir William Barrowlinson, dans les termes où j'en suis aujourd'hui avec les Anglais, ne vous aurait pas rendu grand service, si je ne savais d'ailleurs qui vous êtes et si je n'avais vu avec quel courage vous m'avez sauvé la vie. Par malheur, le colonel Barclay est en marche, je le sais, sur Bhagavapour, et, si je l'ignorais, la trahison déclarée de Rao me l'aurait appris ce soir; en sorte que je ne puis pas vous aider beaucoup dans vos recherches. Je crains même que mon amitié ne vous nuise auprès des anglais.

—Seigneur Holkar, dit le capitaine, ne vous occupez ni de moi ni des Anglais. Si le colonel Barclay me traite autrement qu'en ami, fût-il au milieu de trente régiments, il apprendra de quelle pesanteur est ma main quand elle frappe. N'ayez donc aucun souci de moi; peut-être, au contraire, pourrai-je vous servir et faire votre paix....

—Faire ma paix avec ces barbares! s'écria Holkar dont les yeux brillèrent de fureur. Ils ont tué mon père et mes deux frères; ils ont pris la moitié de mes États et pillé l'autre; par le resplendissant Indra, dont le char traverse le firmament et porte la lumière aux extrémités les plus reculées de l'univers, s'il ne fallait que donner mes trésors et ma vie pour jeter le dernier de ces barbares roux au fond de la mer, je n'hésiterais pas une minute; oui, je le jure, et j'irais dès aujourd'hui rejoindre comme mes aïeux la Substance éternelle et incorruptible.

—Et tu me laisserais seule sur la terre! interrompit la belle Sita avec un accent de doux reproche.