—De tout le monde, répondit Holkar, de Tantia Topee, de Nana-Sahib, de moi, de tout le monde enfin...
—De tout le monde! s'écria le Breton en riant. J'en étais sûr.... et vous dites qu'on va les mettre dehors?
—Nous l'espérons du moins, dit Holkar, mais j'ai peur de ne pas en être témoin. Ce Rao, il y a trois mois encore, mon premier ministre, a prévenu le colonel Barclay, dans l'espérance d'obtenir, pour prix de sa trahison, mes États et ma fille. J'ai eu quelque soupçon de l'histoire et je lui ai fait donner cinquante coups de bâton.... Voilà comment l'affaire s'est engagée....
—Comment! ce hideux magot espérait devenir votre gendre! demanda Corcoran indigné.
—Oui, dit Holkar, ce fils de chienne, qui a eu pour père un marchand parsi de Bombay, voulait épouser la fille du dernier des Raghouides, la plus noble race de l'Asie.»
Il faut avouer que le capitaine, qui jusque-là ne s'intéressait pas beaucoup au récit d'Holkar, commença à devenir très-attentif.
Dès lors il n'eut plus qu'un désir, celui de rattraper Rao et de l'asseoir sur un pal.... Aspirer à la main de Sita!... la plus belle fille de l'Inde!... un ange de grâce, de beauté, de candeur!... Ce Rao n'échapperait au pal que pour rencontrer la potence.
Telles furent les réflexions du capitaine. Et si vous vous étonnez de l'intérêt qu'il prenait à une jeune fille dont, la veille, il ne connaissait encore ni la figure ni le nom, je vous dirai qu'il était homme de premier mouvement, qu'il adorait les aventures (sans être un aventurier), et qu'il ne lui déplaisait pas de protéger une jeune et belle princesse opprimée, et surtout opprimée par les Anglais.
«Seigneur Holkar, dit-il enfin, il n'y a qu'un parti à prendre, remettre à un autre jour notre chasse au rhinocéros et poursuivre Rao jusqu'à la mort. Le coquin ne doit pas être bien loin.
—Hélas! dit Holkar, j'y avais pensé, mais il a huit heures d'avance sur nous, et il aura rejoint sans doute l'armée anglaise.... Faisons mieux.... ne retardons rien... mes ordres pour la chasse sont donnés. Nous allons partir vers six heures, car c'est l'heure où le soleil se lève, et plus tard la chaleur est insupportable. Nous laisserons ma fille au palais, sous bonne garde, car Rao pourrait avoir des intelligences dans la place, et nous reviendrons vers dix heures.... Pendant ce temps Ali restera au palais, et Sougriva ira chercher des nouvelles et rôder dans le voisinage.