—Mais, mon père, dit Sita, qui se promettait évidemment les plaisirs de la chasse, je monte très-bien à cheval, vous le savez, et je ne vous quitterai pas un instant.

—Peut-être, ajouta Corcoran, serait-elle plus en sûreté avec nous.... Je vous promets de veiller sur elle, et si Rao vient à portée, je le remettrai aux dents de Louison.

—Non, dit le vieillard, une rencontre est toujours hasardeuse.... et j'aime mieux accepter l'offre que vous m'avez faite de Louison.

—Comment! monsieur, dit Sita en frappant des mains avec joie, vous me donnez Louison pour toute la journée?

—Je vous la donnerais pour toujours, répliqua le Breton, si je pouvais croire qu'elle voulût se laisser donner; mais elle est un peu capricieuse et n'a jamais voulu écouter que moi.... Çà, Louison, vous n'êtes plus à moi, jusqu'à mon retour.... Vous veillerez sur cette belle princesse.... si quelqu'un lui parle, vous grognerez; si quelqu'un lui déplaît, vous en ferez votre déjeuner. Si elle veut se promener dans le jardin, vous l'accompagnerez, et vous la regarderez en tout temps comme votre maîtresse et souveraine.... connaissez-vous bien tous vos devoirs?»

Louison regardait alternativement son maître et Sita, et poussait de petits cris de joie.

«Vous m'avez compris, continua Corcoran. Montrez-le en vous couchant aux pieds de la princesse et en lui baisant la main.»

Louison n'hésita pas. Elle se coucha et répondit aux caresses de Sita en lui léchant les mains de sa langue un peu rude.

«Un tel gardien, dit Corcoran, vaut un escadron de cavalerie pour la vigilance et le courage; quant à l'intelligence, il n'y a personne qui l'égale.... elle ne commet jamais aucune indiscrétion.... elle n'aime pas les vaines flatteries.... elle sait distinguer ses vrais amis de ceux qui ne veulent que la tromper; elle n'est pas friande, et la moindre viande crue lui suffit.... Enfin elle a un tact particulier pour reconnaître les gens, et je l'ai vue cent fois me débarrasser des questions indiscrètes par un seul rugissement poussé à propos.

—Seigneur Corcoran, dit Sita, il n'y a pas de trésor qui puisse payer une telle amitié. Mais je l'accepte en échange de la mienne.»