Pendant qu'on délibérait, le jour était venu. Corcoran baisa une dernière fois le front de Louison, s'inclina respectueusement devant Sita et monta à cheval avec Holkar, suivi d'une troupe de quatre ou cinq cents hommes. Louison les regarda partir avec regret, mais enfin elle parut se résigner. Sur l'appel de Sita, elle rentra dans le palais, et, nonchalamment couchée sous la vérandah, elle attendit, comme la princesse, le retour des chasseurs.

VII

La chasse au rhinocéros.

Par malheur, Louison, malgré toutes ses belles qualités, était du sexe auquel les tigres doivent leurs mères, en sorte qu'elle n'eut pas plutôt vu disparaître à l'horizon la troupe des chasseurs et respiré le délicieux parfum des forêts que lui apportait la brise, qu'elle eut envie de partir au triple galop et de rejoindre le capitaine Corcoran, laissant là le palais et ses fonctions de garde du corps, dont elle ne devinait pas l'importance.

En deux mots, elle était capricieuse, vaniteuse, légère et amoureuse du plaisir. Peut-être rêvait-elle aussi de chasser le rhinocéros; c'est ce qu'on n'a jamais su, car parmi ses défauts elle n'avait pas celui de raconter ses pensées au premier venu.

Quoi qu'il en soit, elle bâilla si fortement, s'étira dans tous les sens avec tant de langueur, et commença même de petits rugissements qui laissaient voir un ennui si profond, que Sita, malgré tout son désir de la garder près d'elle, commença à s'inquiéter de ce voisinage, et finit par lui rendre la liberté.

A peine la porte du palais était-elle ouverte lorsque la tigresse s'élança d'un bond, franchit la haie qui séparait le jardin du reste de la ville, passa par-dessus la tête du factionnaire épouvanté, traversa deux ou trois rues, renversa, sans dire gare, deux ou trois douzaines de bourgeois paisibles qui flânaient devant leurs boutiques, et arriva enfin à la porte principale de Bhagavapour, où les soldats du poste se gardèrent bien de l'arrêter, et lui rendirent les mêmes honneurs qu'à un officier supérieur, car ils se hâtèrent de rentrer dans leur caserne et de saisir leurs fusils pour faire une décharge générale, à laquelle Louison ne daigna pas répondre.

Tout en courant, elle ne négligeait pas de prendre des informations, regardant avec attention la piste des chevaux, et levant le nez en l'air, comme un bon chien de chasse qui cherche le gibier.

Pendant ce temps, le prince Holkar et le capitaine Corcoran étaient en chasse, et quoiqu'ils eussent bien des sujets d'inquiétude, ils causaient fort gaiement et semblaient ne penser qu'au rhinocéros.

«Avez-vous chassé quelquefois le rhinocéros? demanda Holkar au Breton.