—Eh bien, voyez la calomnie. On dit que vous l'épousez, et que votre oncle vient ici pour assister au mariage.
—Qui? on.
—Tout le monde.
—Ne serait-ce pas plutôt M. le secrétaire général, qui prend beaucoup d'intérêt à mes affaires?
—Après tout, dit Claudie d'une voix un peu altérée, je vous prie d'excuser, monsieur, ma curiosité. Je n'ai, certes, aucun droit à connaître vos secrets.»
La jeune fille avait le coeur ulcéré. Le Parisien s'en aperçut et devina la cause de cette sourde colère. Il comprit en même temps que la jalousie maladroite d'Audinet lui fournissait une occasion qu'il aurait longtemps et vainement cherchée de déclarer son amour. Il regarda autour de lui. Tout le monde jouait au whist. Deux vieilles femmes, reléguées dans un coin, disaient du mal de leur prochain, Mme Bonsergent était absente et dirigeait la confection du thé, le major dormait comme un loir, il vit le moment favorable, il prit la main de Claudie et lui dit à voix basse:
«Mademoiselle, on vous a menti. Je n'épouserai jamais Mlle Oliveira, car je n'ai aimé, je n'aime et n'aimerai jamais qu'une seule femme: c'est vous.»
Claudie retira sa main sans colère. Elle vit dans les yeux de l'avocat qu'il disait vrai, et elle sentit au fond de l'âme les tressaillements de l'amour. Elle n'osa répondre: Et moi aussi, je vous aime, mais ses yeux le dirent assez clairement à défaut de sa bouche. Cependant, elle s'efforça de composer son visage et son maintien.
«Monsieur, dit-elle en feignant de rire, j'entends très-bien la plaisanterie et je vous remercie de ne pas punir plus sévèrement ma curiosité. Veuillez croire, cependant, que l'amitié de Rita me donnait quelques droits à votre confiance.
—Claudie, répéta le Parisien d'un ton passionné, m'entendez-vous? Je vous aime.