—Voici le moment de les faire, dit Mme Bonsergent avec un sourire amer; je vois d'ici M. le secrétaire général qui s'avance.

—Claudie, soutiens-moi, dit le major. À nous deux, nous en viendrons peut-être à bout.»

En effet, Audinet ne tarda pas à paraître, vêtu de noir et cravaté de blanc, enfermé dans un faux-col dont les pointes lui sciaient les deux oreilles. On le reçut d'un air contraint. Le major cherchait la formule d'un refus, Claudie n'osait l'expliquer, et Mme Bonsergent, qui n'avait pas perdu tout espoir, jouissait secrètement de l'embarras de son mari et de sa fille. Claudie sortit et se retira dans sa chambre sous un prétexte. Mme Bonsergent allégua une visite qu'elle devait depuis longtemps à Mme la receveuse générale, et le pauvre major, pestant contre la destinée, se vit forcé de tenir compagnie à Audinet. Celui-ci remarqua ce froid accueil, et d'une voix altérée:

«Ces dames vont faire des visites? demanda-t-il.

—Ou se fourrer de la pommade dans les cheveux, dit Bonsergent exaspéré. Élodie remplit la maison d'onguents de toute espèce; sa chambre est une pharmacie.»

Il y eut un assez long silence.

«Mon père est venu hier? dit le secrétaire général.

—Oui, répliqua le major, et, puisqu'il faut en parler, viens au jardin avec moi, nous causerons plus librement.»

Audinet pâlit. Le début ne présageait rien de bon.

«Vous me refusez! dit-il.