—Bah! dit le Parisien, c'est qu'il n'a rencontré que des maladroits. Après tout, quel prétexte a-t-il pour me couper la gorge?

—Quel prétexte? Tu crois que ce vieux maître d'armes a besoin d'un prétexte. Je te garantis qu'il trouvera, si tu lui déplais, mille moyens de t'amener sur le terrain, et son fils mille moyens pour ne pas s'y laisser traîner.»

Brancas se coucha, l'esprit rempli des plus douces images; cependant une vague inquiétude troublait ses rêves de bonheur.

«Pourquoi cet Audinet est-il aux genoux de Claudie! pensait-il toujours. Et pourquoi ne veut-elle pas me dire qu'elle m'aime, sans avoir pris ses précautions?»

En cherchant inutilement une réponse à ces deux questions, il s'endormit.

XV

Le lendemain, dès deux heures de l'après-midi, Mlle Oliveira rendit visite à son amie. Le major Bonsergent, galant comme on l'était au siècle dernier la conduisit au jardin où déjà Claudie l'attendait. Les deux amies, restées seules, échangèrent d'abord quelques paroles insignifiantes qui n'avaient pour but que de préparer, ou, si l'on veut, de retarder l'explication décisive.

«Ce jardin est magnifique, dit Rita.

—Oui, assez beau, répondit négligemment Claudie.

—Cela vaut mieux qu'un salon. On reçoit son monde sous la voûte azurée des cieux, parmi les fleurs et les fruits, en vue d'une verte vallée. C'est un cadre qui fait mieux ressortir les personnages.