Comment peindre les transports et la joie de ces deux amants? Claudie était la plus heureuse des femmes. Elle oubliait Audinet, elle s'enivrait du bonheur présent et du bonheur à venir. Heureux moments, trop rares dans la vie de l'homme, et qui devaient être suivis d'un triste réveil!

Il fut convenu que Brancas, pressé de revenir à Paris, la demanderait en mariage le jour même, et que la noce se ferait le plus tôt possible, en dépit de tous les Audinet.

Le major Bonsergent, consulté, n'osa ni donner ni refuser son consentement. Comment violer la parole donnée au colonel Malaga? Comment rompre une amitié de cinquante ans? Cependant Claudie n'eut pas trop de peine à le déterminer.

«Eh bien! dit-il, si ma femme y consent....»

Mais Élodie répondit par un refus net et catégorique. Les empressements de Brancas, les prières et les larmes de Claudie ne purent la fléchir.

«Faites ce qu'il vous plaira, dit-elle, vous le pouvez, mais ma volonté est immuable. J'ai l'âme assez naïve encore pour ne pas comprendre qu'on manque à sa parole.»

En réalité, elle voulait se donner le temps de consulter Audinet.

«Ne la pressez pas trop, dit à voix basse le major à Brancas, vous la feriez butter comme un âne sur un caillou. Au reste, je réponds de tout.»

Brancas partit le coeur plein d'un bonheur infini. Son cheval fit en dix minutes le trajet entre Vieilleville et la maison d'Athanase.

«Je me marie! j'aime! je suis aimé!» dit le Parisien en sautant dans les bras de son ami.