Le 15 avril 1858, jour où commence cette histoire, le problème, après mille expériences, se trouva résolu, et Quaterquem se vit en passe de faire le tour du monde en vingt-quatre heures et de cracher sans effort sur la plus haute cime des Andes. Il avait alors vingt-six ans. C'est l'âge d'aimer la gloire et d'en jouir.

Il est des hommes de génie qui frappent les yeux tout d'abord et qui se promènent dans Paris avec la majesté des dieux immortels. Notre ami Quaterquem n'était pas de ceux-là. Les mains croisées derrière le dos, le chapeau rejeté en arrière, il marchait lentement, plein d'un calme admirable et sans regarder personne.

Au coin du boulevard et de la rue Vivienne, il fit une réflexion.

«En vérité, pensa-t-il, je suis un terrible égoïste. À trois heures j'ai fait fortune, il est trois heures et quart, et j'ai déjà oublié mes amis; il faut que ce maudit argent ait des charmes bien extraordinaires. Si je leur offrais un bol de punch pour réparer ma faute? Eh! parbleu! voilà justement le bol.»

Il entra dans un de ces brillants magasins de bric-à-brac qu'on vient voir des extrémités du monde civilisé, et où l'on rencontre pêle-mêle les armures, les casques, les sabres, les dagues, les épées, les cafetières, les vases du Japon et tous les brillants joujoux qui sont la spécialité de l'industrie parisienne.

«Combien vaut ce vase de Sèvres? demanda-t-il au marchand.

—Trois mille francs, monsieur.»

Quaterquem se mordit les lèvres.

«Monsieur, dit le marchand, pensez que le vase est unique en Europe. Aussitôt qu'il fut fait, on en brisa le moule. Voyez la peinture, c'est une copie de la «Jeune fille à la cruche cassée,» de Greuse. Cette copie est admirable. Elle fut faite sur l'ordre du grand Napoléon.»

Quaterquem se mit à rire.