Quaterquem, qui savait un peu d'anglais et qui devinait le reste, n'avait pas perdu un mot de cette conversation faite à demi-voix. Il regarda miss Alice et la trouva plus belle que le jour. La musique du Chalet y perdit quelque chose.

«Voilà une jolie Anglaise, pensa-t-il. Est-ce la fiancée ou la femme de ce grand garçon si roux et si mal élevé?»

Pendant ce temps, la belle Alice écoutait fort attentivement l'opéra. Elle pleura sur le sort des fantassins de l'Autriche quand elle apprit de Max:

Qu'au service de l'Autriche

Le militaire n'est pas riche.

Elle rit aux éclats quand elle les vit jouer à la drogue et se pincer le nez avec des chevilles de bois. Enfin elle scandalisa complétement sa mère et l'Anglais aux favoris roux. Pendant l'entr'acte, la mère prit la parole.

«Ma chère Alice, y pensez-vous? Vous riez comme une petite Française évaporée. Cela est tout à fait choquant.

—Choquant et inconvenable, ajouta l'Anglais.

—Monsieur, dit Alice d'un air assez sérieux, je fais grand cas de votre prudence, et je sais que vous ne seriez pas déplacé à la chambre des communes. Mon père le dit, et mon père s'y connaît, assurément. Mais, de grâce, n'usez pas cette précieuse éloquence pour une petite évaporée. La nation anglaise y perdrait trop, et je craindrais de n'y pas gagner assez. Laissez-moi rire et chanter à mon aise, au moins jusqu'à ce que je sois votre femme. Plus tard, nous verrons.

—Alice! dit la mère d'un ton sévère.