M. Cornelius Hornsby était venu en France pour augmenter sa collection et promener Alice. Ce jour-là, justement, le désir d'acheter une vieille inscription persane gravée sur un pan de muraille du grand temple de Persépolis, l'avait empêché de conduire lui-même sa femme et sa fille au théâtre. Par malheur, un amateur plus heureux avait enlevé l'inscription et allait l'enfouir dans son propre musée; de sorte que M. Cornelius Hornsby était le fabricant de toiles peintes le plus malheureux qu'il y eût ce soir-là en Europe.
Il se promenait gravement, de long en large, sous les arcades de la rue Rivoli quand il vit mistress Hornsby descendre de voiture avec sa fille et le triste Harrison.
«Vous arrivez bien tard,» dit-il.
Pour toute réponse, sa fille lui sauta au cou.
«Cher père, dit-elle, j'espère que tu as acheté ton inscription et qu'elle est encore plus cunéiforme que toutes celles de Korsabad. Je lis dans tes yeux que le colonel Rawlinson en mourra de jalousie..... Hercules, je vous remercie. Bonsoir.»
Harrison prit tristement la main qu'elle lui tendait et s'en alla, désespérant de rien comprendre aux caprices de sa maîtresse. Dès qu'il fut parti:
«Tu l'as bien maltraité ce soir, dit Mme Hornsby.
—En revanche, dit Alice, il m'a fort ennuyée: nous sommes quittes.
—Alice! dit M. Hornsby.
—Mon Dieu! cher père, ne faites pas le sévère et ne froncez pas le sourcil. Je ne suis pas maîtresse de mes impressions. Il m'ennuie. C'est un très-honnête homme, un très-bon citoyen, une homme très-riche et qui le sera encore davantage par la suite; je vous accorde tout cela. Accordez-moi qu'il est ennuyeux. Dès qu'il parle, il dit une chose déplaisante, et les jours de pluie, le seul son de sa voix m'agace les nerfs.