—Veux-tu l'épouser, oui ou non? demanda Cornelius Hornsby.

—Assurément, je le veux, puisque cela est inévitable, mais ne me pressez pas. Qui sait, si, à force de temps et de patience, je ne parviendrai pas à aimer Hercules? Il ne faut jurer de rien. Le grand Turc peut se faire chrétien et devenir pape. Je puis aussi aimer ailleurs.

—Y penses-tu? dit le père. Veux-tu que je manque de parole à mon associé, et que, pour la première fois de sa vie, Cornelius Hornsby, de la maison Harrison, Hornsby et Cie, ne fasse pas, honneur à sa signature!

—Eh! mon cher père, Hercules est honnête homme et vous rendrait votre parole.

—Ne pensons pas à cela, dit le vieux gentleman. Prends un délai, si tu veux, et décide-toi. Il est temps que Harrison retourne en Angleterre; nos affaires vont mal en son absence.

—Eh bien, laissez-le partir et restons en France. Paris me plaît; j'y perds l'habitude de bâiller, et vous-même, vous êtes tout rajeuni par l'air des boulevards. J'aime les Parisiens, moi; on ne voit pas chez eux ces longues figures puritaines qui abondent dans les rues de Londres.

—Alice, dit Mme Hornsby, tu te gâtes sur le continent; tu prends le langage et les manières de cette nation évaporée. Vois avec quelle légèreté tu as lié connaissance, ce soir, avec ce jeune homme qui était au spectacle dans la même loge que nous.

—Mais, dit Alice, fallait-il prendre sa place et ne pas le remercier? Vous-même, maman, vous l'avez trouvé très-aimable et très-poli.

—Qui est ce jeune homme dont vous parlez? demanda M. Hornsby.

—C'est un physicien qui a trouvé le moyen de diriger les aérostats, dit la jeune fille, et qui veut donner l'empire du monde au peuple français. Concevez-vous cette folie? Maman lui a bien dit son fait!