—Oui, mais qui n'a pas fait la vôtre. Êtes-vous noble?

—Je vous l'ai dit, ma noblesse date de la croisade de saint Louis.

—Très-bien; mais votre père était matelot, et votre grand-père aussi?

—C'étaient de très honnêtes gens, répliqua fièrement Quaterquem, et qui ont servi leur patrie avec courage.

—Je ne vous blâme pas, dit l'Anglais, d'être fier de leur nom; mais en bonne justice, pensez-vous que ma fille et moi nous en soyons charmés? Est-ce chose à dire dans un salon de Paris ou de Londres: «Mon beau-père était matelot.»

—Oh! les parisiens se moqueront fort de cela.

—Peut-être, surtout si vous êtes riche; mais à Londres?... Ce n'est pas tout. Vous demandez la main de ma fille, à quel titre? Votre père a tué Nelson et m'a, du même coup, enlevé la Pairie, à laquelle je pouvais légitimement aspirer si Lucius Hornsby était devenu amiral. Voilà une chose que je ne pardonnerai jamais et qu'aucun Anglais ne vous pardonnerait. Croyez-moi, cher monsieur, restons bons amis, oubliez cette idée bizarre qui vous est venue en tête, je ne sais pourquoi, et allons déjeuner. Il fait un peu froid, et l'air des bords de la Loire m'a donné de l'appétit.

—C'est toute votre réponse, monsieur? dit Quaterquem.

—C'est tout; que voulez-vous de plus? Vous n'êtes pas un enfant à qui l'on présente une dragée pour lui faire avaler une tisane amère; vous êtes un homme d'esprit et de coeur, et vous saurez prendre votre parti des maux inévitables.

—Monsieur, dit Quaterquem, j'aime miss Hornsby jusqu'à la mort, et je vous jure qu'elle n'aura pas d'autre mari que moi.