—Madame, répondit-il d'un ton grave et doctoral, je ne connais que mon devoir. La vie est une série de devoirs à remplir. J'ai dû remplacer le préfet, qui fait sa tournée, et signer pour lui un certain nombre d'arrêtés.»
En même temps il regarda Brancas d'un air qui n'ajouta rien aux dispositions amicales de celui-ci. Élodie s'en aperçut et se hâta de les présenter l'un à l'autre.
«Monsieur Brancas, M. Audinet, secrétaire général de la préfecture et notre ami particulier.»
Brancas s'inclina poliment, mais avec froideur.
«Monsieur Audinet, M. Brancas, l'un des plus célèbres avocats du barreau de Paris.
—Ah! c'est monsieur qui a eu le bonheur de vous sauver la vie, dit Audinet avec une feinte chaleur; monsieur, permettez-moi de vous en remercier particulièrement.»
À ces mots, il se leva d'un air empressé et serra la main de Brancas. L'avocat s'aperçut que la main d'Audinet était froide et gluante comme la peau d'un serpent, ce qui est, pour les physiologistes, un signe de bassesse et d'hypocrisie. Il se hâta de retirer la sienne, sans affectation néanmoins; mais il fut blessé de l'air assuré dont Audinet paraissait prendre possession de Claudie.
«Vous venez plaider la cause de M. Ripainsel? demanda le secrétaire général.
—Oui, monsieur.
—Vous avez beaucoup à faire pour gagner votre procès. Tout le monde est d'accord que le testament est tout à fait valable.