«Eh bien! tu as vu cette petite sirène. Qu'en dis-tu?
—Qu'elle est fort au-dessous de sa réputation, répondit l'avocat d'un air indifférent.
—Peste! tu es difficile. Les Parisiennes t'ont gâté, à ce que je vois.
—Moi! non. Mais Mme Bonsergent me paraît une provinciale très prétentieuse.
—Bon! je te parle de la fille et non de la mère. Est-ce que les mères existent?
—Quelquefois, à Paris surtout, où la beauté est si rare qu'on y supplée à force d'esprit, de tact et d'usage du monde. C'est un article du code féminin que les mères ont seule la parole. Par là, on évite les dangers que peut causer l'indiscrétion d'une fille trop sincère ou trop mal stylée. Bien des maris ont pris femme qui se seraient gardés du mariage comme de la peste s'ils avaient pu soupçonner ce que recouvrait ce silence pudique et mystérieux dont s'enveloppent toutes les filles d'Ève qui veulent faire une fin.
—Sceptique malhonnête! Tu ne crois donc pas à la vertu des dames?
—J'y crois si bien, que mon oncle va me faire épouser Mlle Oliveira avant que trois révolutions de la lune se soient accomplies.
—Ainsi, quand je te demande ce que tu penses de Claudie, tu me réponds que sa mère est prétentieuse?
—N'est-ce pas répondre clairement?»