Des deux côtés, le silence devenait embarrassant. Le peintre vit que Juliette allait sortir; il fit un effort sur lui-même.

«Mademoiselle, dit-il, reconnaissez-vous cette esquisse, que j'ai commencée le lendemain de notre rencontre?»

Elle la regarda et la trouva fort ressemblante.

«Ah! monsieur, dit-elle naïvement, que vous m'avez faite belle! Est-ce le portrait que vous voulez me donner pour la fête de ma tante?

—Non, Juliette, ceci est un souvenir que je garderai éternellement de la première heure de ma vie où j'aie goûté un bonheur parfait. Quant à votre portrait, vous l'aurez, si vous voulez poser seulement quelques heures devant moi.

—Oui, monsieur, aussi longtemps que vous voudrez. Ma tante sera bien heureuse.»

Buridan rentra, suivi d'un garçon de restaurant qui portait dans ses bras un déjeûner fort convenable. Le vin surtout n'y manquait pas.

«O la plus belle des Grâces, dit Buridan, divine Pasithéa, aidez-moi, je vous prie, à mettre la nappe.

—Monsieur, dit simplement Juliette, je le veux bien; mais pourquoi m'appelez-vous la divine Pasithéa?

—Pasithéa, dit le peintre, était une impératrice qui n'avait pas sa pareille pour raccommoder les serviettes de son mari et ourler son linge.