—Tais-toi, malheureux ivrogne, dit Claude, et cuve en paix ton vin. N'outrage pas la seule partie du genre humain qui vaille encore quelque chose. Qui es-tu pour parler ainsi? Parce que tu barbouilles quelques singes et quelques chats, tu te crois un grand homme et quelque chose de précieux sur la terre. Réponds-moi, Buridan; combien de gens ont barbouillé, barbouillent et barbouilleront mille fois mieux que toi? Quelle idée as-tu mise au monde? Quelle invention as-tu faite pour la patrie? Toi qui n'atteins dans tes oeuvres la beauté véritable que par hasard, et qui souvent la défigures; toi qui es fier de quelques coups de pinceau où peut-être son ombre a laissé des traces, tu oses mépriser la femme, qui est la beauté même, l'éternelle beauté, et la seule image de Dieu sur la terre! Sur la foi de quelques créatures qui ne sont d'aucun sexe, tu oses dire que les femmes ne sont faites que pour la joie et les plaisirs. Rentre en toi-même, malheureux Buridan, et confesse ton repentir, si tu ne veux pas que la foudre céleste te punisse de ton blasphème.

—Brrrr! dit le peintre en allumant un cigare, comme tu pérores pour un homme qui a reçu deux pouces de fer entre la troisième et la quatrième côte! Respectons ce sexe aimable, puisque tu le protéges. Divine Pasithéa, fumez-vous?

—Non, monsieur, je vous remercie.

—C'est dommage; voilà un vrai puro

En même temps, il entonna, d'une voix puissante cette chanson:

Aux environs de Lille en Flandre (bis)

Lon lan la {bis)

Je rencontrai deux Flamandes (bis)

Lon lan la. (bis)

Ici le sage Claude interrompit fort à propos le chanteur.