—Monsieur, dit Paturot d'un ton suppliant, parlez plus bas, je vous en conjure. Il faut bien que jeunesse se passe, et si ma femme le savait! Voulez-vous me perdre?»
L'examen se prolongea au milieu des plaisanteries de tous les convives. De la phrénologie Buridan passa à la chiromancie, et trouva moyen d'intriguer et de contenter tout le monde. Quand il tint la main de Juliette entre les siennes:
«Voici, dit-il, une ligne qui annonce qu'il vous arrivera bientôt un grand bonheur. Vous aimerez un jeune homme blond et vous en serez passionnément aimée. Il y aura un mariage dans l'année.»
En même temps, il lui serra doucement la main, Juliette baissa les yeux et rougit. Que faisait Claude? Il assistait, impassible en apparence, aux succès de son ami, et il faisait d'horribles efforts pour rire de ses plaisanteries.
«Hélas! pensait-il, voilà comme il faudrait être pour plaire à Juliette. Elle n'a d'yeux que pour lui. Il est beau! O douleur! ô malheureux Quasimodo.»
On dansa beaucoup, et Buridan ne brilla pas moins par ses entrechats que par ses discours. Il sut plaire à tout le monde, et surtout à la bonne fruitière qu'il fit valser en dépit de ses cinquante-cinq ans. Il se multipliait pour faire sauter les femmes et pour boire avec les hommes.
A minuit, tous les conviés se retirèrent, Claude et Buridan, priés de revenir, le dernier surtout, s'y engagèrent volontiers, et partirent ensemble pour Paris, à pied. Sur la route, Claude, absorbé dans ses tristes réflexions, gardait le silence.
«Tout le bonheur que je m'étais promis, pensait-il, s'envole en un instant. Un étourdi, en se jouant, m'enlève celle que j'aime.
—Qu'as-tu donc? lui dit Buridan étonné, je ne te reconnais pas. As-tu du vague à l'ame.
—Ce n'est rien, répondit Claude, honteux de sa faiblesse. Le grand air m'a fait mal.