—Un buveur d'eau, dit Buridan avec compassion, ne devrait s'aventurer qu'avec des gens de sa secte. Va te coucher, Basile, tu sens la fièvre.»

Les deux amis se séparèrent. Le lendemain, Claude attendit inutilement Juliette. Elle ne devait plus revenir dans son atelier. Trois semaines s'écoulèrent sans événement. Le peintre avait besoin de toute sa philosophie pour ne pas aller voir la vieille fruitière. Enfin, il partit un dimanche pour Passy.

«Ah! vous voilà, monsieur, dit la bonne femme en le voyant. Pourquoi ne venez-vous pas plus souvent?»

Claude allégua un travail important et pressé.

«Où est Juliette? demanda-t-il.

—Je l'attends depuis ce matin, répondit la fruitière. Restez avec nous; monsieur votre ami doit la conduire et vous partirez avec lui.

—Ah! c'est Buridan qui est chargé de la conduire, dit Claude qui pâlit de douleur et de jalousie. Est-ce que vous ne trouvez pas que c'est un guide bien jeune pour Mlle Juliette!

—Qu'importe! dit la fruitière. Les jeunes gens aiment à rire, mais Juliette est sage. Entre nous, je crois bien que M. Buridan lui fait la cour. Ma nièce n'est pas un mauvais parti. Après ma mort, savez-vous qu'elle aura plus de 60,000 francs!

—A quoi bon détromper cette pauvre femme, se dit le peintre. Tous mes avis ne la rendront pas plus sage, et je passerais pour un jaloux et un malhonnête homme.»

Enfin, Buridan et Juliette arrivèrent, les yeux brillants et pleins de gaieté. Ils racontèrent qu'ils s'étaient égarés dans le bois de Boulogne, et qu'ils avaient poussé jusqu'à Saint-Cloud. Juliette salua Claude avec amitié, mais avec froideur; il lut son sort dans les yeux de la jeune fille, et partit désespéré. Buridan ne chercha pas à le retenir.