Quelques jours après, Claude frappa à la porte de son ami dès six heures du matin. Buridan à demi-habillé entrebâilla la porte.
«As-tu besoin de moi? dit-il à Claude.
—Non. Je venais te voir.
—Diable! le moment n'est pas favorable. Il y a des dames. Pasithéa, c'est notre ami Claude, celui qui a fait ton portrait et qui s'est fait sabrer pour toi. Veux-tu le recevoir.
—Y penses-tu? dit Juliette.
—Parbleu! si j'y pense. Tu es charmante en bonnet de nuit, et Claude sera bien aise de te voir.»
Claude reconnut la voix de celle qu'il aimait. Il sortit, la mort dans l'âme, sans dire un mot à Buridan. Il alla à Vincennes, et de là à Passy. Il rentra chez lui sans pouvoir apaiser la fièvre qui le dévorait. Il haïssait Juliette, et Buridan, et lui-même, et toute la nature. Il était tenté de les tuer tous les deux, mais sa douceur naturelle reprit le dessus. Après tout, pensa-t-il, aucun des deux n'est cause de mon malheur. Pourquoi ai-je aimé celle qui ne pouvait pas m'aimer? Je le savais d'avance; j'ai dû m'y résigner. Le mal est en moi, et non ailleurs. Tant que je vivrai, je serai malheureux; mourons donc.
Ayant résolu de se tuer, il chargea son pistolet, et écrivit à Juliette la lettre suivante:
«Juliette, je vous aimais, et vous êtes la maîtresse d'un autre! Quand vous recevrez ce billet, je serai mort. Adieu!»
Il cacheta ce billet, le porta lui-même à la poste, et l'affranchit avec un sang-froid singulier. En rentrant, il s'assit, appuya sur son coeur le canon du pistolet, et fit feu. La balle traversa le coeur. Claude mourut sur le champ.