—Pierrot, lui dit Vantripan, tu as insulté la majesté royale, tu as dédaigné ma fille; je devrais te faire pendre; mais (ajouta-t-il sur-le-champ en voyant étinceler les yeux de Pierrot) je me contente de te bannir de ma présence. Tu n'es plus ni ministre, ni grand connétable, ni grand amiral; tu n'es plus que Pierrot, Pierrot tout court, entends-tu bien? c'est-à-dire un homme de rien, un ingrat que j'ai nourri de mon pain, abreuvé de mon vin, que j'ai caressé et réchauffé dans mon sein, et qui, comme un serpent venimeux, veut mordre son bienfaiteur. Va-t'en.
—Sire!... commença Pierrot.
—Va-t'en, va-t'en!
—Sire....
—Va-t'en! Je ne veux plus te voir.
—Sire....
—Je ne veux plus entendre parler de toi.
—Sire....
—Va-t'en, et que dans vingt-quatre heures on ne te retrouve plus dans ma capitale, ou je te fais empaler.
—Halte-là, Majesté! cria Pierrot à bout de patience. Je regrette que vous me renvoyiez après que je vous ai si bien et si fidèlement servi; mais s'il vous est permis d'être ingrat, il ne vous est pas permis de m'offenser ni de me menacer. Souvenez-vous, sire, que, sans moi, Votre Majesté aurait depuis longtemps rejoint ses ancêtres dans la tombe. Je garde un souvenir trop récent de vos bienfaits et de la confiance que vous aviez en moi pour répondre avec colère à une menace que vous regretterez, sans doute, que vous regrettez déjà, j'en suis sûr; mais si quelqu'un osait mettre cette menace à exécution, sire, je tirerais du fourreau, pour ma défense, ce sabre que j'ai si souvent tiré pour la vôtre, et, Dieu aidant, personne ne m'attaquera impunément.