—Toi et les tiens, répliqua le financier.

Le marmiton saisit une grande fourchette et la plongea dans le pot comme pour s'assurer que le bouilli était assez cuit.

—Malheur à moi! cria le financier, il m'a percé les reins.

—Allons, camarade, dit Pierrot saisi de compassion, laisse là ce pauvre homme et ne le tourmente pas inutilement.

—Tu en as compassion? dit le marmiton étonné; tu es donc un faux frère?

—Moi, un faux frère! dit Pierrot indigné. Tu ne me connais guère. Je vois bien le bouilli, où sont les entrées? ajouta-t-il pour changer de conversation.

—Les entrées sont exquises, dit le marmiton, et toute la cour va s'en lécher les doigts jusqu'au coude. Celle de droite est une petite marquise en fricassée, tendre comme la rosée du matin, et que je vais mettre à une sauce dont tu n'as pas d'idée, mon pauvre ami; car tu ne parais pas avoir beaucoup fréquenté la haute société ni la haute cuisine.

—Hélas! non, dit Pierrot, mais cela viendra. Tu es bien heureux, toi, d'approcher de si grands personnages et d'avoir leur confiance; car tu dois être fort en faveur, étant si habile cuisinier?

—Moi? dit le marmiton d'un air dégagé, je m'en soucie comme de cela, et il fit claquer le pouce sous la dent. Quand on voit comme moi Belzébuth tous les jours, on se blase sur cet honneur, mon ami, on se blase.

Et, tournant sur lui-même, il mit ses mains dans ses poches et fit deux ou trois pas en levant le pied jusqu'à la hauteur de son nez.