—Mahomet! Mahomet! criait piteusement le rôti.
Va-t'en voir s'ils viennent, Jean;
Va-t'en voir s'ils viennent,
chanta le marmiton d'une voix de fausset.
La conversation continua. Pendant que Pierrot se chauffait, le marmiton continuait sa besogne, préparant des fritures de jeunes filles, piquant avec du lard un filet de notaire, et un fricandeau d'épicier qui avait vendu du sucre à faux poids et de l'ocre pour du café. Notre ami s'introduisit peu à peu dans la confiance du marmiton, pensant qu'il pourrait en tirer des renseignements précieux.
En effet, le marmiton lui apprit que Rosine et sa mère étaient enfermées dans une tour située à l'angle du château, et qu'on leur portait tous les jours de la nourriture.
—Mais elles ne touchent à rien, dit-il, et paraissent fort tristes; il faut que le chagrin leur ait coupé l'appétit, ou que quelqu'un leur apporte secrètement des provisions par le chemin des airs, car elles sont déjà enfermées depuis plusieurs mois, et elles vivent encore.
—Qui est-ce qui porte leur nourriture? dit Pierrot.
—Et qui serait-ce, si ce n'est moi? dit avec humeur le marmiton. N'est-ce pas sur moi que retombent toutes les corvées? Chienne d'existence! Pendant que les grands seigneurs font bombance là-haut, je suis réduit à lécher le fond des casseroles.
—Je te plains, dit Pierrot.
—Ce ne serait rien, reprit le marmiton; mais figure-toi, mon cher, que, je ne sais pourquoi, l'on s'est embarrassé de ces pimbêches qui me font la mine du matin jusqu'au soir, et que je ne puis pas maltraiter comme les autres. Cela m'est défendu par ordre supérieur.