Cependant, quoique les diables n'eussent sur lui que l'avantage du nombre et non celui d'une puissance magique supérieure à toutes les forces humaines, Pierrot, en les voyant grimper aux échelles, fut saisi d'un désespoir sublime.
—Grand Dieu, s'écria-t-il, si telle est ta volonté sainte, laisse-moi périr, mais sauve Rosine et sa mère!
Tout à coup il reconnut le doux parfum que la fée Aurore répandait partout autour d'elle.
—Est-ce ainsi que tu perds courage? lui dit-elle. Frappe, je suis avec toi. A ces mots parut sur la muraille Astaroth, le lieutenant de Belzébuth. Il poussa un long cri de joie et de triomphe.
—Courage, amis, Pierrot est à nous!
Comme il finissait de parler, et se dressait debout sur la plate-forme, Pierrot le frappa de sa masse d'armes dans la poitrine, et le précipita dans la cour. Il eut le crâne fracassé, et sa mort rendit quelque temps ses camarades indécis. Notre héros profita de cette hésitation pour frapper sans relâche les plus avancés. Ses coups tombaient sur leurs têtes comme la grêle sur les toits, et chacun d'eux froissait une cervelle, ou un bras, ou une jambe. Les morts et les mourants jonchaient le pavé de la cour.
Pendant tout ce carnage, la pauvre Rosine élevait vers le ciel ses innocentes prières.
—O Dieu! disait-elle, sauvez celui qui se dévoue pour moi.
Son coeur battait de frayeur et de joie à chaque coup que frappait l'invincible Pierrot. Quel homme que celui qui osait la disputer à l'enfer même!
Enfin, les démons se lassèrent de fournir à Pierrot de nouvelles victimes.