—Emmène-les si tu veux, dit Tristemplète.

Pierrot descendit triomphant en leur donnant la main; mais il ne voulut sortir du château que le dernier, de peur que, par une perfidie nouvelle, on fermât la porte sur elles. Il traversa les rangs des diables la tête haute, le regard ferme et assuré. Ses ennemis, rangés sur deux lignes, ne purent s'empêcher d'admirer son courage. Rosine disait dans son coeur: Que je suis heureuse d'être aimée d'un pareil homme! Et la fée Aurore elle-même, qui fermait la marche, sourit en montrant à Belzébuth son filleul:

—Tu n'as pu ni le vaincre ni l'effrayer, dit-elle.

Le farouche Belzébuth grinçait des dents en voyant sa proie lui échapper. Un pouvoir plus fort que le sien le forçait à l'obéissance; car vous savez, mes amis, que si le démon peut tenter l'homme et le conduire à sa perte, l'homme, à son tour, par un privilége divin, peut enchaîner et dompter le démon. C'est toute la science des anciens magiciens, science aujourd'hui presque oubliée, négligée du moins, à cause des inconvénients qu'elle aurait pour le repos public et pour la sûreté des États, mais réelle et que cultivent encore dans la solitude quelques sages ignorés. Un jour, peut-être, il me sera permis de vous en dévoiler les arcanes; aujourd'hui, tirons le rideau. Ces mystères ne sont pas faits pour être entendus par toutes les oreilles, ni répétés par toutes les bouches. Sachez seulement que cette science s'étend et pousse ses racines jusque dans les entrailles de la terre, et qu'il n'y a pas un arbre, un oiseau, un rocher, un serpent, une étoile qui ne parle à l'esprit du philosophe et qui ne lui dévoile un des secrets de la nature.

I

Lorsque Pierrot et ses compagnons furent sortis du château de Belzébuth, le premier soin de Pierrot fut de demander à Tristemplète, qui les avait suivis, où il voulait le conduire.

—A la cour du roi, dit Tristemplète; et il lui apprit ce que vous savez déjà, et le besoin qu'on avait de ses services.

—Cela m'est fort égal, dit Pierrot. J'ai mieux à faire que de me battre pour un roi ingrat et pour son scélérat de fils. Horribilis a voulu prendre ma place, qu'il la garde, et, s'il doit périr, qu'il périsse; ce ne sera qu'un méchant homme de moins.

—Pierrot, dit la fée Aurore, n'as-tu pas d'autre raison?

—Ma vraie raison, dit Pierrot embarrassé, c'est que je ne veux plus me séparer de Rosine. J'ai trop souffert de son éloignement et de ses dangers. Je veux que désormais tout soit commun entre nous.