—Voilà une raison raisonnable, dit la fée; mais rassure-toi, je me charge de veiller sur elle et sur sa mère. Toi, va où l'honneur t'appelle.

—Mais... dit Pierrot.

—Partez, mon ami, lui dit Rosine avec un doux regard. Il faut sauver ces pauvres Chinois d'abord. Plus tard nous penserons à être heureux.

—Allons, puisqu'il le faut, dit en soupirant le pauvre Pierrot.

Et, prenant congé de sa fiancée, il partit avec le magicien. Quelques secondes plus tard, il était auprès de Vantripan.

Le pauvre roi était bien triste et bien malheureux. Sa fille dédaignée, son fils déshonoré par sa lâcheté, son armée taillée en pièces et son royaume envahi lui avaient ôté l'appétit. Quand Pierrot parut, il fut saisi de joie et de tendresse, et lui sauta au cou en pleurant. Pierrot, qui avait le coeur tendre, fut si ému de cet accueil qu'il se sentait lui-même envie de pleurer. Tous les courtisans, voyant le roi pleurer, se mirent à sangloter d'une façon pitoyable. La reine mit son mouchoir sur ses yeux, et la pauvre Bandoline, blessée au coeur par les dédains de Pierrot, saisit avec empressement une si belle occasion de fondre en larmes.

—Ah! mon pauvre ami, dit enfin Vantripan, qui sanglotait comme un veau qui a perdu sa mère, quelle joie de te revoir! Quand tu n'y es pas, tout va de travers. Tu sais ce qui est arrivé?

—Je le sais, dit Pierrot.

—Hélas! c'est ma faute, dit Vantripan. Avais-je besoin de donner le commandement à un benêt qui poursuit l'ennemi quand l'ennemi se sauve, et qui se sauve quand l'ennemi le poursuit? Enfin, te voilà, tout est réparé. Tu vas partir, tu reprendras le commandement, tu mettras en fuite les Tartares, tu couperas le cou à Kabardantès, tu feras la conquête de Kraktaktah et de l'empire des îles Inconnues, et....

—Y a-t-il encore quelque chose à faire? dit Pierrot, souriant de cette confiance que Vantripan avait dans son courage et dans son habileté.