L'égoïsme de Pierrot est d'une espèce si rare, qu'il touche à la vertu la plus pure et au désintéressement le plus extraordinaire il y touche de si près, qu'en vérité j'aurais de la peine à l'en distinguer.

Toutefois, sur ce sujet comme en toutes choses, les opinions sont libres.

Les Tartares ne se laissèrent point décourager par un premier refus; au contraire, aiguillonnés comme la plupart des hommes par cette obstacle, ils revinrent à la charge et demandèrent enfin à Pierrot de leur choisir un roi de sa façon.

—Car, dit l'orateur, nous n'en trouvons point parmi nous qui réunisse toutes les voix, et ce choix sera une source de guerres civiles.

—Eh bien, dit Pierrot, proclamez la république.

A ces mots, tout le monde prit à la fois la parole et voulut donner son avis.

Le fracas devint étourdissant.

L'un dit que la république était l'anarchie; l'autre, que c'était le gouvernement des grands hommes et des hommes de bien; un autre, que c'était le moins ennuyeux des gouvernements, à cause du changement perpétuel des gouvernants et des systèmes; un quatrième dit que cela convenait aux gens d'Europe, parce qu'ils ont le nez aquilin, et non aux Tartares, parce qu'ils ont le nez camus. Pierrot, assourdi, alla faire un tour de promenade.

Quand il revint, on avait opté pour la monarchie: Trautmanchkof avait été nommé empereur.

Il fit sur-le-champ la paix avec Pierrot, lui rendit les prisonniers chinois, et partit pour Kraktaktah, afin de se faire reconnaître.