Pierrot, ayant accompli sa tâche, fit réparer la grande muraille, laissa le commandement de l'armée chinoise à des officiers aguerris, et alla retrouver Vantripan.
Le bruit de ses exploits l'avait précédé.
Le roi vint le recevoir au pied du grand escalier dans la cour d'honneur, l'embrassa tendrement, le fit asseoir à sa droite pendant le dîner, et but à sa santé plus de six bouteilles, en le proclamant le vainqueur des Tartares, le sauveur de la Chine, et le digne objet de l'admiration du monde.
Ce gros Vantripan était un bon homme au fond, et il sentait bien tout ce qu'il devait à Pierrot. Quant à celui-ci, toujours modeste, il ne pensait qu'à rejoindre sa chère Rosine et à goûter un repos qu'il avait si bien gagné.
Enfin arriva ce jour si longtemps désiré.
Pierrot partit seul, monté sur Fendlair qui piaffait, caracolait et galopait comme s'il avait compris la joie de son maître.
Il arriva à la porte de la ferme.
Rosine ne l'attendait que quelques jours plus tard, parce qu'il n'avait pas voulu lui annoncer son arrivée; aussi était-elle en négligé du matin; mais ce négligé, mes chers amis, eût été envié des plus grandes et des plus belles princesses, si elles avaient pu en comprendre toute la coquette simplicité.
Écoutez la description qu'en donne le sage Alcofribas.
«Elle était vêtue, dit-il, d'une robe blanche d'étoffe simple et unie. Cette robe, qu'elle avait taillée elle-même, se drapait naturellement autour de son corps comme les étoffes qui couvrent les statues des impératrices de Rome; mais vous concevez assez la supériorité que devait avoir la nature vivante et animée, disposant de l'une des plus belles créatures qui depuis Ève aient enchanté les regards des hommes, sur l'artiste qui sculpte un marbre inanimé et qui cherche, à force de génie, à reproduire quelque faible image de l'éternelle beauté. Sa taille souple et sans corset donnait à sa démarche une grâce incomparable et pleine de naturel. Un ruban rouge noué autour de son cou relevait l'éclat de son teint qui était blanc, rosé et presque transparent. Ses cheveux, négligemment attachés, comme ceux de Diane chasseresse, retombaient sur ses épaules dans un désordre charmant...»