Vantripan, effrayé, alla se réfugier chez Pierrot, qui le reçut à bras ouverts, et, sans lui donner le temps de s'expliquer, monta à cheval et courut au-devant des révoltés.
A sa vue, ceux-ci posèrent les armes et demandèrent grâce. Pierrot leur pardonna et se fit livrer Horribilis.
Vantripan voulait le faire empaler; mais Pierrot, qui abhorrait les supplices, et dont le caractère, naturellement généreux, s'était encore adouci au contact de celui de Rosine, obtint sa grâce et se contenta de le faire exiler.
Horribilis, à quelques jours de là, fut pris par les Tartares et pendu à un arbre avec son ami Tristemplète.
Cet événement ne fit de peine à personne.
Deux ans après, Vantripan mourut, laissant le trône à sa fille, qui voulut confier le gouvernement à Pierrot; mais celui-ci la remercia et refusa de sortir de sa retraite.
Toutefois, elle venait souvent lui demander conseil, et Trautmanchkof, l'empereur des Tartares, ayant voulu violer la paix, se retira jusqu'au fond de ses déserts, sur le seul bruit de la nomination de Pierrot au commandement de l'armée chinoise.
Ainsi, quoiqu'il ne fût qu'un simple particulier, et qu'il ne voulût pas être autre chose, il gouvernait en réalité l'empire par ses vertus, son expérience et son courage.
Il vécut fort longtemps, employant sa fortune, que les libéralités de Vantripan avaient rendue immense, à fonder des écoles et des bibliothèques, à construire des canaux, à réparer les grandes routes et à faire des expériences agricoles dont il publiait le résultat, afin que tout le monde pût en profiter.
C'est lui qui inventa le drainage, que les Anglais ont retrouvé, il y a vingt ans, et dont ils se sont attribué le mérite. Il inventa encore beaucoup d'autres choses qu'on réinventera plus tard sans aucun doute, et que je ferai connaître au public dès que j'aurai terminé la traduction du fameux manuscrit d'Alcofribas, qui est caché dans une vieille maison de Samarcande.