La belle princesse trouva d'abord cette condition fort dure; mais bientôt, se rappelant le courage et l'adresse de Pierrot, et voyant bien qu'après sa mort elle serait livrée sans défense au premier venu, elle accepta et alla s'asseoir sur un fauteuil magnifique, à quelques pas duquel devait avoir lieu le combat.

Pierrot ne manqua pas, après avoir fait ses prières à Dieu, d'invoquer la fée Aurore. Elle secoua la tête d'un air de mauvais augure et lui dit:

—Mon ami, il en est temps encore, veux-tu rentrer dans la cabane de ton père et laisser là ta princesse? Je la connais, elle s'en consolera très-vite, et tu pourras faire tranquillement le bonheur de tes parents et le tien propre. Crois-moi, renonce à ce combat. Ce sera pour toi, je le prévois, la source d'une douleur cruelle.

—Dût-il m'en coûter la vie, dit l'héroïque Pierrot, je défendrai ma princesse.

—Va donc, dit la fée Aurore, et entre dans l'arène, car Pantafilando t'attend.

En effet, le géant provoquait déjà Pierrot. Tous deux étaient armés: le géant de son grand sabre et d'une lance de cent pieds de long; Pierrot d'un sabre seulement. Il comptait sur son adresse bien plus que sur sa force.

Du premier coup, Pantafilando, poussant brusquement sa lance sur Pierrot, manqua de l'embrocher comme une mauviette. Le fer de la lance rencontra le manteau court de Pierrot (c'était la mode alors) et le déchira dans toute sa longueur. Pierrot dégrafa son manteau et se trouva en simple pourpoint. Il prit son élan, et, d'un bond impétueux, il alla donner la tête la première, comme une catapulte, contre la poitrine du géant. Celui-ci, étourdi du coup, chancela un instant, tourna sur lui-même et tomba en arrière. Pierrot courut à lui sur-le-champ pour lui mettre le pied sur la gorge, mais Pantafilando, dans ses efforts pour se relever, le frappa du pied si violemment qu'il fut renversé et jeté à trois cents pas.

Jusqu'ici le combat paraissait égal; mais Pierrot, quoique renversé une fois, n'avait rien perdu de sa force, tandis que le géant, ébranlé du choc terrible qu'il avait reçu dans la poitrine, ne se soutenait plus qu'à peine, semblable à une puissante muraille à demi renversée par la canonnade.

—Qu'on m'apporte à boire, dit le géant.

Et prenant une barrique remplie de vin, il la vida d'un trait. Puis, en loyal adversaire, il fit offrir du vin à Pierrot qui but, le remercia, et lui cria: