—Et grand... tout ce que tu voudras. Tu ne me quitteras plus: tu déjeuneras, dîneras, souperas avec moi, et, pour m'endormir, tu me conteras des histoires.

—Sire, dit Pierrot, tant de faveurs vont me faire bien des envieux.

—Tant mieux, morbleu! Je veux qu'on enrage.

—Et je crains beaucoup de mal remplir tant de fonctions à la fois.

—Qu'est-ce que cela te fait, si je te trouve propre à tout? Crois-tu que ceux qui t'ont précédé les remplissaient mieux?

—Sire, dit Pierrot poussé dans ses derniers retranchements, où prendrais-je le temps de dormir?

—Dormir! Tu ne m'as donc pas compris? c'est pour que je dorme qu'il faut que tu veilles. Dormir! Le devoir d'un fidèle sujet est de veiller sur son roi, et non de dormir.

—J'aurais mieux fait, pensa Pierrot, de suivre le conseil de la fée et de retourner à la maison.

Tant d'honneurs ne tournèrent pas la tête à Pierrot. Il aurait donné de bon coeur l'amirauté et la connétablie pour un sourire de la dédaigneuse Bandoline; mais on ne peut pas tout avoir. La première fois qu'il se présenta à la cour, il voulut lui baiser la main; elle lui tourna le dos avec mépris et d'un air si offensé, que le pauvre connétable en fut tout déconcerté.

—Hélas! disait-il, où est le temps où j'avais mes deux oreilles, où Pantafilando régnait ici, et où mon ingrate princesse chevauchait seule avec moi, trop heureuse alors que je voulusse la suivre et la défendre?